La populiculture

Le programme d’amélioration génétique du peuplier a débuté au Québec en 1969, il y a plus de 30 ans. Ce programme a été initié par M. Gilles Vallée, du service de l’amélioration des arbres au ministère de l’Énergie et des Ressources du Québec. Au début, le projet portait sur l’introduction d’espèces et d’hybrides obtenus de l’étranger ainsi que la sélection locale d’arbres ou d’hybrides naturels. Les recherches consistent en des tests de comparaison de provenances, de descendances et de clones qui sont réalisés dans diverses stations situées principalement à travers le Québec méridional. Le but des tests est de trouver des clones et des lignées de peupliers à croissance rapide ayant une certaine résistance aux principaux agents pathogènes et entomologiques et qui sont adaptés aux différentes conditions écologiques du Québec (Vallée, 1985).

Par la suite, les premiers programmes d’hybridation ont rapidement produit du matériel amélioré plus performant et surtout mieux adapté aux conditions locales. Depuis leurs débuts, les programmes se sont beaucoup développés et ils couvrent maintenant de multiples aspects de la culture des peupliers. Le peuplier est facile à hybrider et se prête particulièrement bien à la multiplication par bouturage, ce qui en fait l’essence forestière idéale pour l’amélioration génétique, la foresterie clonale, la génétique moléculaire et la biotechnologie (Périnet, 1999).

Au Québec, le peuplier est maintenant une essence valorisée par l’industrie et elle représente une nouvelle source d’approvisionnement importante. En effet, l’industrie forestière utilise de plus en plus les bois de peuplier dans la fabrication des pâtes et papiers, des panneaux de particules, des poutres lamellées, des contre-plaqués et des sciages destinés à des utilisations multiples. Ainsi, les peuplements de peuplier sont de plus en plus utilisés et il est fort probable que, dans un proche avenir, l’industrie les utilisera davantage. De ce fait, les produits tirés des plantations de peuplier hybride compléteront la production des peupleraies naturelles (Vallée et al., 1997).

Le programme d’amélioration génétique du peuplier est maintenant conduit par une équipe de la Direction de la recherche forestière (DRF) de Forêt Québec. Ce programme a produit des populations améliorées à partir de cinq principales espèces parentales :

  • Populus balsamifera
  • P. deltoides
  • P. maximowiczii
  • P. nigra
  • P. trichocarpa

Les chercheurs de la DRF ont implanté au fil des ans un important réseau de plantations expérimentales. Ces plantations sont dispersées dans plusieurs sous-régions écologiques à travers le Québec. À ce jour, la DRF a produit un nombre élevé de clones de peuplier hybride qui sont recommandés pour plus de 40 sous-régions écologiques du Québec. Ainsi, la liste des clones recommandés comprend 44 clones disponibles; ces clones couvrent les domaines bioclimatiques 1 à 5, de l’érablière jusqu’à la sapinière à bouleau blanc (Périnet et al. 2001). Ces clones sont maintenant multipliés en grand nombre dans les pépinières de Forêt Québec; la capacité de production actuelle peut atteindre 2,5 millions de plants par année.

En bref, l’amélioration génétique des peupliers se fait habituellement selon ces étapes (Périnet, 1999) :

  • des semis sont obtenus par croisements dirigés;
  • établissement des tests de descendances;
  • sélection des individus supérieurs;
  • multiplication des arbres prometteurs par bouturage;
  • 1ère évaluation dans des tests clonaux précoces (maximum 5 ans);
  • les clones les plus performants sont regroupés dans des tests clonaux établis sur plusieurs sites, dans différentes régions écologiques, pour leur évaluation finale.

Des essais probants au terrain

Au cours des 30 dernières années, plus de 3 700 clones ont été évalués dans tout le Québec. Le bois produit en plantation s’est avéré plus uniforme et contient beaucoup moins de pourriture tandis que les densités de bois observées dans les plantations de peuplier hybride en font l’essence idéale pour la fabrication des panneaux à lamelles orientées (OSB). Des pousses annuelles de 1,0 m à 1,80 m en hauteur et de 1,0 à 2,5 cm en diamètre sont fréquentes selon la région, la qualité des sols et l’intensité de culture (Vallée et al., 1997). En moyenne, les rendements des plantations de peuplier hybride escomptés sont de 8 à 12 m³/ha/an (soit 160 à 240 m³/ha en volume marchand à 20 ans) (Périnet, 1999). Sur les sites plus fertiles, situés plus au sud de la province, les accroissements pourront atteindre les 12 à 15 m³/ha/an (240 à 300 m³/ha à 20 ans). Sur les meilleures stations, et dans des conditions de culture exceptionnelles, les rendements peuvent atteindre 20 m³/ha/an (300 m³/ha à 15 ans) si l’on respecte les exigences sylvicoles (Pierre Périnet, communication personnelle). L’âge de rotation des plantations de peuplier hybride est ainsi de deux à trois fois inférieure à l’âge des rotations observées dans les peupleraies naturelles. Ainsi, dans le contexte du rendement accru des forêts du Québec, la culture du peuplier hybride cadre bien avec l’idée du zonage du territoire forestier (Périnet, 1999).

D’autres hybrides très prometteurs sont à l’étude à la DRF et celle-ci continue d’installer d’autres tests en plantation pour mieux connaître les limites d’utilisation des clones, particulièrement dans les régions écologiques 4 et 5. Plusieurs autres aspects relatifs à l’amélioration des peupliers feront l’objet de travaux de recherche importants, dont la phytopathologie et la génétique moléculaire. En effet, le peuplier, de par ses caractéristiques et la taille de son génome, est en voie de devenir un arbre modèle pour la génétique moléculaire. Enfin, le matériel disponible à la DRF fait qu’il y a de très bonnes perspectives d’avenir pour la continuité du programme d’amélioration du peuplier hybride (Périnet, 1999).

Des chercheurs et des utilisateurs dynamiques et novateurs au Québec

Depuis plusieurs années, la DRF collabore avec plusieurs utilisateurs de cette ressource, c’est-à-dire des partenaires industriels qui mettent en terre plusieurs milliers de peupliers hybrides chaque année. Le tableau suivant présente les principaux utilisateurs de peupliers hybrides ainsi que les superficies plantées annuellement.

Utilisateur
Depuis
Superficie approximative plantée annuellement (en 2002)

Domtar (Windsor)

1998

600 ha

Smurfit-Stone (Fort-Coulonge)

1998

20 ha

Fraser (Outaouais)

 

200 ha (objectif)

Norampac (Cabano)

1996

50 ha

Norbord 1990

1990

5 à 10 ha

Tembec (Abitibi)

 

20 à 30 ha

Tembec-Malette (Mauricie)

1999

50 à 100 ha

Louisiana-Pacific (Chambord)

1997

300 ha

De plus, cette liste exclue les superficies qui ont été reboisées en forêt privée. Enfin, on peut ajouter à cette liste un nouvel utilisateur : en 2002, deux plantations de démonstration seront installées chez Tembec, en Gaspésie.

Ainsi, en 1998, la production de plants de peuplier hybride au Québec atteignait 200 000 plants. En 1999 et 2000, c’est 500 000 plants qui ont été produits par les pépinières québécoises, tandis qu’en 2001 et 2002, la production a atteint 1,5 million de plants (note : en 2002, la demande de plants de peuplier hybride était de 2 millions de plants mais la Direction de la production des semences et des plants (DPSP) n’a pu atteindre cette production en raison de coupures budgétaires). Finalement, en 2003, la production sera de 2,5 millions de plants, et ce, même si la demande est encore plus élevée.

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