Le présent numéro est inspiré du rapport d’information intitulé :

Boisement et agroforesterie en courtes rotations en territoire privé au Québec : Examen des lois, règlements, politiques et programmes*Adobe

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Par Julien Fortier, M.Env.
Agent de transfert de connaissances

* Auteurs : Pierre P. Marchand et Sylvain Masse (2007)
(Rapport d’information LAU-X-130, Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts)

  1. Introduction
  2. Gouvernement du Canada
  3. Gouvernement du Québec
  4. Municipalités
  5. Conclusion
  6. Document source

 

1. Introduction

L’adoption de nouvelles approches de boisement et d’agroforesterie par les propriétaires terriens est liée à une mosaïque de facteurs sociaux, économiques et politiques. Parmi ces derniers figure un cadre réglementaire qui comprend des lois, des règlements et des politiques publiques, mais également une multitude de programmes incitatifs. Selon la nouvelle approche que l’on cherche à mettre en oeuvre, ce cadre réglementaire peut avoir un effet positif, neutre ou restrictif.

Le rapport présenté dans cet Info-RLQ avait comme objectif de dresser un inventaire des lois, des règlements, politiques et programmes qui s’appliquent en territoire privé au Québec et qui encadrent quatre approches novatrices de boisement et d’agroforesterie. Ces approches visent essentiellement la production de biomasse énergétique ou tout autre produit ligneux ainsi que la séquestration de carbone. Parmi celles-ci, on retrouve la plantation de peuplier hybride en bloc (rotation 15-20 ans) et la culture du saule en très courtes rotations (3-4 ans), deux technologies de boisement qui pourraient être déployées sur des terres agricoles à faible rendement, comme les friches, dans le but de respecter des critères de boisement énoncés par le Protocole de Kyoto. Les autres technologies sont des approches agroforestières pouvant être implantées directement dans le milieu agricole exploité, soit les bandes riveraines et la culture intercalaire avec le saule et/ou le peuplier hybride.

Dans le cadre de cet Info-RLQ, nous allons nous attarder uniquement aux aspects réglementaires et aux programmes touchant la première technologie de boisement, soit la culture du peuplier hybride en bloc. Ces aspects réglementaires ainsi que les programmes en vigueur seront décortiqués en fonction des trois instances législatives (fédérale, provinciale et municipale). Certaines informations retrouvées dans le document source ont été bonifiées en fonction des nouvelles orientations politiques qui touchent la gestion de la ressource forestière.

 

2. Gouvernement du Canada

Présentement, aucune loi et aucun règlement fédéral n’encadre spécifiquement la plantation de peuplier hybride en bloc puisque la forêt et l’agriculture sont des compétences provinciales. Néanmoins, le plan fédéral sur les changements climatiques (2002 et 2005) a permis de mettre en oeuvre le Programme pour l’évaluation et la démonstration de plantations de Forêt 2020. Ce plan mentionne notamment que le boisement et le reboisement pourraient être promus par le biais du Fonds pour le climat. Or, avec l’arrivée du gouvernement conservateur au pouvoir en 2006, les orientations du Canada en matière de lutte aux changements climatiques ont toutefois été modifiées largement et demeurent encore aujourd’hui assez floues. Parmi ces orientations, le ministère de l’Environnement annonçait en 2006 sa volonté de porter à 5 % le contenu en éthanol dans l’essence sans qu’une échéance particulière ne soit fixée.

Pour en revenir au Programme de Forêt 2020, ce dernier a été administré par le Service canadien des forêts de 2003 à 2006. Au Québec, une entente fédérale - provinciale a permis la mise en oeuvre de ce programme qui a débouché sur l’établissement de 98 hectares de plantations de peuplier hybride sur le territoire de sept agences régionales de mise en valeur de la forêt privée du Québec. Depuis 2006, ce sont ces agences qui assument le financement des travaux d’entretien de ces plantations.

 

3. Gouvernement du Québec

Au Québec, c’est la Loi sur les forêts qui régit la gestion de la forêt publique et privée. En ce qui concerne plus particulièrement la mise en valeur de la forêt privée, il en revient au ministre des Ressources naturelles et de la Faune d’élaborer des programmes axés sur le rendement accru, par exemple, et d’accorder une aide financière à toute personne ou organisme.

La Loi sur les forêts définit notamment ce qu’est un producteur forestier et les conditions qu’il doit satisfaire pour que ce statut lui soit reconnu. Un producteur forestier est une personne ou un organisme qui doit posséder une superficie à vocation forestière d’au moins quatre hectares d’un seul tenant dotée d’un plan d’aménagement forestier certifié par un ingénieur forestier qui est conforme aux règlements de l’agence régionale de mise en valeur des forêts privées. Il est important de mentionner que le minimum de quatre hectares requis peut inclure les vocations actuelles, potentielles, entrevues ou futures. Par exemple, un propriétaire peut être reconnu comme producteur s’il détient deux hectares boisés et deux hectares de terres en friches qu’il désire éventuellement aménager. Le statut de producteur forestier reconnu comporte son lot d’avantages en donnant accès à un remboursement de taxes foncières, un soutien technique et financier de la part des agences de mise en valeur des forêts privées et la possibilité d’étaler les revenus annuels associés à la vente du bois coupé. Toutefois, le minimum requis de quatre hectares est souvent restrictif, particulièrement pour les propriétaires terriens en milieu agricole qui désirent aménager de petites plantations. C’est dans ce contexte qu’un projet à l’étude au sein de l’Agence forestière de la Montérégie viserait à fournir un soutien financier et technique aux propriétaires de moins de quatre hectares. Il est également important de souligner que le propriétaire d’une terre située en zone agricole qui désire aménager une plantation doit, au préalable, obtenir une autorisation de boisement du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) et de l’Union des Producteurs Agricoles (UPA) locale. Cette mesure provient d’une entente interministérielle entre le ministère des Ressources naturelles et de la Faune et le MAPAQ qui découle de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. Elle est également valable pour les terres agricoles en friches.

Récemment, le ministre des Ressources naturelles et de la Faune a publié un livre vert intitulé La forêt pour construire le Québec de demain. À la lumière des commentaires reçus durant les consultations de ce livre vert, le gouvernement définira puis mettra en oeuvre un régime forestier renouvelé qui répondra aux intérêts du Québec. Des neuf orientations proposées, la première vise à « favoriser la mise en valeur des ressources par l’implantation d’un zonage du territoire forestier » qui se détaillerait en trois zones : (1) aménagement écosystémique, (2) aménagement intensif et (3) conservation. Dans les zones d’aménagement intensif, la mise en valeur, le prélèvement et l’utilisation des ressources non ligneuses seraient pris en compte dans les plans d’aménagement, mais l’objectif prioritaire demeurerait la production ligneuse. On vise ainsi à doubler les rendements à terme pour ces zones intensives qui seraient dotées d’un statut défini dans la loi. Bref, tout indique que le boisement des terres avec le peuplier hybride apparaît comme une pratique cohérente avec les orientations proposées dans le livre vert.

Par ailleurs, la Stratégie énergétique du Québec (2006-2015) et le Plan d’action du Québec sur les changements climatiques (2006-2012) semblent favorables à l’utilisation des biocarburants produits à partir de biomasse forestière, notamment la biomasse produite à partir du saule et du peuplier hybride en remplacement des cultures comme le maïs grain.

Parmi les programmes qui s’adressent aux producteurs forestiers reconnus, on note d’abord le Programme d’aide à la mise en valeur des forêts privées. De manière générale, les travaux sylvicoles sont subventionnés à 80 % et les plants sont fournis gratuitement. Pour le cas particulier du peuplier hybride, une enquête réalisée par les auteurs auprès de six agences de mise en valeur des forêts privées (Beauce, Bas-St-Laurent, Estrie, Montérégie, Appalaches et Québec) révèle l’ensemble des travaux admissibles pour la culture du peuplier hybride sur des rotations de 15-20 ans. Pour la majorité des agences, la plupart des travaux sont admissibles au soutien technique et financier. Cependant, après avoir décrété un moratoire sur la culture du peuplier hybride, l’Agence forestière de la Montérégie finance de nouveau, mais de manière expérimentale, cette culture sur une superficie limitée à 10 hectares de plantations par année. Chaque propriétaire retenu obtient un financement limité pour des travaux réalisés sur un maximum de deux hectares par an.

Règle générale, dans les agences, les travaux financés se détaillent comme suit : (1) la préparation de terrain et la mise en terre des plants sont financées à 80 %, (2) le contrôle de la végétation par le labour/hersage est financé à 80 % à raison de 2 ou 3 traitements par an sur une période de 3 à 4 ans, (3) le contrôle mécanique des maladies et des insectes est subventionné pendant 3 à 5 ans, (4) l’élagage est financé par quatre des six agences et (5) la fertilisation est entièrement à la charge du producteur. Rappelons que suite à l’adoption de la Stratégie de protection des forêts (1994), l’application de pesticides chimiques c'est-à-dire les phytocides, les insecticides et les fongicides, n’est plus admissible au financement en forêt privée. Enfin, mentionnons que sur le plan décisionnel, c’est le conseil d’administration des agences qui établit les priorités et les orientations en matière de gestion de la forêt privée située sur son territoire. Cela explique pourquoi il existe des différences dans le financement offert d’une agence à l’autre.

Parmi les autres programmes s’adressant aux producteurs forestiers reconnus, on note le Programme de mise en valeur des ressources du milieu forestier. Communément appelé Volet II, ce programme favorise l’aménagement intégré des ressources du milieu forestier, de même que les activités qui présentent un caractère sylvicole, faunique, récréatif, éducatif ou environnemental et qui s’inscrivent dans les orientations régionales et gouvernementales en matière de développement durable du milieu forestier. Le Volet II offre un financement de l’ordre de 90 % des coûts et travaux admissibles. Ce financement peut atteindre 100 % si le promoteur est un organisme à but non lucratif.

Parallèlement, le Programme de remboursement des taxes foncières permet le remboursement d’un crédit d’impôt équivalent à 85 % du montant des taxes foncières (municipales ou scolaires) d’une propriété forestière. Enfin, le Programme de financement forestier permet d’accorder des garanties de prêts pouvant atteindre 750 000 $ pour une durée maximale de 30 ans. Toutefois, ce dernier programme ne s’adresse qu’aux producteurs qui désirent aménager plus de 60 hectares à vocation forestière.

4. Municipalités

Au niveau législatif, les nouvelles approches de boisement, telles que la plantation de peuplier hybride en bloc, doivent s’arrimer avec les règlements et orientations contenus dans les schémas d’aménagement des municipalités régionales de comté (MRC). Ainsi, certaines MRC établissent à quatre hectares la superficie maximale d’un seul tenant pouvant être coupée pour une période déterminée. Cette mesure pourrait avoir des répercussions négatives pour un producteur voulant réaliser la récolte de ses peupliers hybrides sur une superficie de taille supérieure.

5. Conclusion

En résumé, il semble exister plusieurs obstacles réglementaires au développement de la culture du peuplier hybride dans une perspective de boisement des terres. D’une part, la nécessité de posséder quatre hectares à vocation forestière pour être un producteur reconnu et ainsi avoir accès à une aide technique et financière apparaît comme un enjeu de taille, particulièrement si l’on cherche à développer une populiculture à petite échelle en forêt privée. D’autres parts, l’obtention d’autorisations de boisement en milieu agricole de la part du MAPAQ et de L’UPA locale rend difficile l’accès aux meilleurs sites. Ces autorisations ne sont d’ailleurs pas assujetties aux mêmes critères et processus de prise de décision d’une région à l’autre. Il est certain que la reconnaissance de la populiculture comme une culture agricole faciliterait l’adoption de cette approche de boisement en milieu agricole.

Du côté des traitements sylvicoles, l’adoption de la Stratégie de protection des forêts a mené à une augmentation considérable des coûts liés à la gestion de la végétation concurrente du fait qu’elle a mené à un arrêt de financement de l’utilisation des phytocides en forêt privée. Parallèlement, l’absence de subvention pour les traitements de fertilisation de la part des agences de mise en valeur des forêts privées constitue un frein possible aux rendements accrus des plantations établies en terres marginales. Il existe également certaines incertitudes liées aux superficies maximales pouvant être récoltées en raison des diverses réglementations municipales. Enfin, la place du peuplier hybride, en matière de débouchés et de rentabilité, doit être clarifiée auprès des syndicats de producteurs de bois et des agences de mise en valeur des forêts privées.

Malgré ces nombreux obstacles, il n’en demeure pas moins que l’aménagement de plantations de peuplier hybride dans une perspective de boisement des terres est une approche qui cadre avec les grandes orientations gouvernementales présentes dans la Stratégie énergétique du Québec, le Plan d’action du Québec sur les changements climatiques et le livre vert La forêt pour construire le Québec de demain.

6. Document source

La version intégrale du rapport de Marchand et Massé (2007) est disponible sur le site du gouvernement canadien au http://dsp-psd.tpsgc.gc.ca/collection_2008/nrcan/Fo113-3-130F.pdf.

 

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