LA LIGNICULTURE AU QUÉBEC

Définition de la ligniculture :

culture intensive des arbres en plantation de courte révolution en vue d'obtenir le maximum de rendement de matière ligneuse.

La ligniculture au Québec

La recherche en ligniculture au Québec existe depuis plus de 30 ans grâce à un programme du Service de l’amélioration des arbres initié par M. Gilles Vallée de l'ancien ministère de l’Énergie et des Ressources du Québec. Ce programme s’est attardé aux essences à croissance rapide que sont les peupliers et les mélèzes hybrides. Aujourd’hui le programme d’amélioration génétique de ces essences existe toujours à la Direction de la recherche forestière (DRF) du ministère des Ressources naturelles et Faune du Québec (MRNF). Actuellement, pour les peupliers et les mélèzes, les responsables en sont M. Pierre Périnet et M. Martin Perron, respectivement, ce dernier ayant récemment succédé à M. Ante Stipanicic qui a travaillé plus de 15 années pour le volet amélioration des mélèzes à la DRF du MRNF.

Le Service canadien des forêts (SCF) travaille aussi depuis plus de 30 ans à des recherches sur l’amélioration génétique d’essences à croissance rapide notamment avec l’épinette de Norvège et l’épinette blanche. Pour ces essences, le SCF et la DRF travaillent aujourd’hui en étroite collaboration.

Sur une base opérationnelle, l’intérêt de la pratique de la ligniculture est récente. La DRF collabore depuis quelques années avec quelques compagnies intéressées à mettre en terre des essences à croissance rapide. Parmi les compagnies qui planteront plus de 100 ha de peupliers hybrides en 2002, mentionnons Domtar à Windsor (600 ha), Fraser en Outaouais (200 ha), Tembec-Malette en Mauricie (100 ha), Louisiana-Pacific à Chambord (300 ha).

À l’heure actuelle, il y a un intérêt certain pour mettre de l’avant des projets en ligniculture. À cet égard, le MRNQ s’apprête à déposer une politique de rendement accru dans laquelle il sera question de ligniculture. Au niveau fédéral, le Conseil canadien des ministres des forêts, avec son concept de Forêt 2020, dialogue avec les concitoyens pour connaître leur opinion sur une éventuelle politique de reboisement d’essences à croissance rapide sur une petite portion du territoire.

Le Réseau Ligniculture Québec, constitué grâce à une subvention de Valorisation-Recherche Québec en novembre 2001, compte créer une synergie entre les partenaires intéressés pour que des projets de recherche en ligniculture puissent être développés de façon concertée. Sans se substituer aux efforts actuels en ligniculture, le Réseau a pour mandat de coordonner, de soutenir et de dynamiser les efforts québécois de R&D en ligniculture en collaboration avec les partenaires universitaires, industriels, gouvernementaux et ceux du secteur privé.

La motivation dans la création d’un tel Réseau est de développer des outils et des stratégies novatrices pour faire face à la pénurie anticipée de matière ligneuse et répondre aux besoins du développement durable. La TRIADE (ou quad) procure un cadre conceptuel au Réseau, au sein duquel la ligniculture prévoit donner une marge de manœuvre à cette pénurie. La TRIADE (ou quad) est basée sur la proposition d’une nouvelle forme de zonage forestier à savoir : aménagement écosystémique (74 % du territoire) ; protection intégrale (12 % du territoire) ; aménagement intensif (10 % du territoire) ; ligniculture (4 % du territoire). Les activités du Réseau se concentrent sur la ligniculture.

Contexte politique

En mars 2010, le gouvernement du Québec se dotait d’une nouvelle loi sur « l’Aménagement durable du territoire forestier » dans laquelle, il est désormais question de développer des « aires d’intensification de production ligneuse » (AIPL) dans chacune des régions qui couvriront, à terme, 15 % du territoire forestier québécois, une innovation pour le Québec. Il est souhaité que le Réseau Ligniculture Québec, sur la base de ses acquis et avec l’expertise unique développée, contribue de façon significative à l’essor de la sylviculture intensive des plantations et de la ligniculture au Québec, dans le contexte cette nouvelle loi.

La loi prévoit que les AIPL concentrent une proportion substantielle de la sylviculture intensive et de la sylviculture dite « élite » pour la production de bois. Dans les AIPL, l’objectif est de produire du bois en qualité et en quantité afin de dégager une marge de manœuvre pour mettre en place un aménagement écosystémique sur 73 % du territoire et d’atteindre la cible de 12 % d’aires protégées sur le reste du territoire sans que cela nuise au développement du secteur industriel forestier. Cette loi répond à la commande sociale liée aux usages multiples de la forêt tout en respectant l’apport socio-économique que revêt l’industrie forestière pour l’ensemble des régions du Québec. Avec des exportations avoisinant les 7 milliards de $ par an, le secteur forestier constitue un élément majeur limitant le déficit commercial du Canada. Au Québec, le secteur forestier est particulièrement significatif, générant près de 3 % du P.I.B. et plus de 70 000 emplois répartis dans les régions. Ceci représente 15 % des emplois de tout le secteur manufacturier (MRNF, 2010).

Par la création d’AIPL sur 15 % du territoire forestier (5 Mha), le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) souhaite produire à terme quelque 20 Mm³, soit près de la moitié de la possibilité annuelle de coupe de 44 Mm³. L’objectif du MRNF est d’implanter progressivement les AIPL sur le territoire pour les prochaines années et d’établir des modalités de façon à atteindre l’objectif d’augmenter la production ligneuse en quantité et en qualité sur ces aires grâce à des expériences sur le terrain. L’objectif est d’établir 2 % d’AIPL d’ici 2018 (MRNF, 2010), soit environ  720  000 ha pour produire quelque 2,88 Mm³. Ainsi, on veut produire beaucoup plus de bois sur un territoire plus restreint en utilisant une sylviculture très intensive.

La spécificité du RLQ est de travailler à développer cette sylviculture intensive et d’élite avec des essences à haut rendement (épinettes blanches, épinettes de Norvège, etc.) et des essences hybrides (peupliers et mélèzes) aménagées de façon intensive en plantation. L’impact des plantations d’essences améliorées aménagées de façon intensive est énorme sur la productivité forestière. Ces plantations peuvent produire de 8 à 20 m³/ha/an de bois selon les essences utilisées comparativement à 2 m³/ha/an en forêt naturelle aménagée de façon extensive. Notre Le domaine de recherche du Réseau Ligniculture Québec, soit la sylviculture intensive des plantations et la ligniculture, constitue l’un des outils principaux qui pourrait être appliqué dans les AIPL afin de dégager la marge de manœuvre nécessaire à l’implantation de l’aménagement écosystémique et l’atteinte de la cible de 12 % d’aires de conservation. Le Québec en est à ses premiers balbutiements dans ces domaines puisque la Stratégie de protection des forêts, adoptée en 1994 par le gouvernement, privilégie la régénération naturelle. Cette Stratégie fait mention de ne recourir à la plantation d'essences adaptées qu'en cas de nécessité. La plantation au Québec a donc été faite, depuis 1994, de façon à reboiser des superficies exploitées mal régénérées. La sylviculture intensive des plantations et par le fait même, la ligniculture, ont été mises en veilleuse ou faites de façon très marginale sur le territoire québécois. Les AIPL représentent un changement de cap et ouvrent la porte à l’utilisation de ces domaines de connaissances spécifiques au RLQ. Nombre de questions se posent quant à l’application de la sylviculture des plantations et de la ligniculture, d’où l’intérêt de travailler avec les milieux régionaux qui auront à mettre en place ces nouvelles pratiques dans les AIPL. Avec l’expertise développée au fil des ans, le RLQ est en parfaite position pour répondre aux besoins du Québec dans la mise en place des AIPL. Sept grands champs de R&D sont visés : l’amélioration génétique, le rendement des plantations, la santé des plantations, la fertilité des sols, les impacts socio-économiques et environnementaux, les plantations à des fins énergétiques et la transformation des bois.

 

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